mercredi 12 décembre 2018

Au point le plus bas



Au sommet de la tour de chair et d’organes, dans la dernière cellule du point le plus haut de ton être ils ont finalement vu le jour : les premiers pas de ton accomplissement souterrain.

C’est d’abord la fenêtre que tu as claqué d’un grand VLAM tu la trouvais trop insolente trop accrochée au ciel comme s’il avait besoin d’elle pour tenir. T’en as eu marre de la fenêtre elle n’était bonne qu’à se fermer puis à s’ouvrir , comme si elle n’avait jamais aspiré à sa véritable fonction qui aurait dû être la brisure, l’éclat, l’explosion. «Les-yeux-les-fenêtres-de-l’âme » mon cul, il était grand temps de faire valser les paupières, des ces yeux fatigués d’être toujours deux, de n’avoir jamais trouvé le troisième tu fais enfin claquer la vitre : VLAM.

 Après la fenêtre ce fût le tour des escaliers, au lieu de les dévaler tu aurais voulu enfoncer chaque marche, tu t’es surpris à imaginer la douleur du bois dans la chair lorsque ta jambe aurait pénétré dans ses planches. Une douleur passablement jouissive finalement : ces escaliers n’allaient nulle part. À chaque fois que tu te trouvais à leur pied, au plus bas de ton être, tu n’arrivais jamais à les monter pour arriver ailleurs. A l’inverse, à chaque fois que tu te sentais trop élevé, trop pédant, trop « menton-levé-sourcils-droits », tu n’arrivais à redescendre que par la chute. Jamais ces fichus escaliers n’avaient tenu leur promesse de t’emmener du point haut vers le point bas, et combien de fois t’étais-tu perdu dans le dédales de leurs marches épuisantes ? VLAM, destruction de l’escalier marche après marche, VLAM : dégringolade du sommet de la tour vers son épicentre, VLAM : te voilà dans ton ventre, et ton ventre est une porte.
Pas vraiment une porte à la verticale comme les autres portes, mais plutôt une porte horizontale, comment ça s’appelle déjà ? Une trappe.
Te voilà dans ton ventre et ton ventre est trappe.

Celle-ci est plus difficile à claquer. Elle gargouille et chuchote, son bois est plus dense que celui des marches, plus solide que celui des fenêtres. On ne claque pas comme ça la porte de son ventre, certains n’arrivent même jamais à l’ouvrir. C’est une trappe en chêne massif dont l’épaisseur regorge de secrets, d’asticots intestinaux et de noeuds sombres dans ses marbrures. C’est vrai que cette trappe, tu n’as rien à lui reprocher. Tu apprécies qu’elle te dépasse, tu ne te vois pas l’enfoncer, mais tu l’ouvres. Avec respect et délicatesse, tu ouvres ton ventre et puis tu sautes.

Et puis tu sautes dans le puit de tes jambes. Tu sautes et puis c’est donc un puit, tes jambes. Et puis merde tu ne t’attendais pas à ce que ce soit un puit, tu n’en vois pas le fond, et puis tu te laisses choir le long des jambes, tu arrives dans un puit, voilà que tu arrives enfin à l’extrême horizon, la limite de chair ridicule, le monument célèbre : La voûte plantaire, tu parles. Ça n’a rien d’un arc de triomphe, mais une odeur de terre sombre et crue t’indique que tu as fais le bon chemin, que tu arrives au bon endroit. Tu t’approches de la voûte et tu traverse lentement sa paroi, ta propre paroi, tu traverse le point le plus bas de ton être, après être parti de cette idiote de TÊTE tu enfin réussi l’exploit que ce monde ne valorise absolument jamais : Tu as réussi ta DESCENTE, et cessé de vouloir monter. Tu t’enfonces alors dans une terre humide, noire comme la nuit, grinçante de cailloux minuscules, remuée par les tendres mouvements de vermines ondulantes. Ici, il fait chaud, il fait noir, et la vie est GROUILLANTE.

Ici c’est l’assurance de ne pas être trop haut, ici tu t’es rapproché du centre brûlant de la terre, tu fais rouler des mots sous ta langue comme « magma », « érosion », mieux encore : « croûte ». C’est certain, la vraie hauteur se trouve ici, en bas, la hauteur côtoie les cloporte et le calcaire. S’ils savaient, là-haut, que tu t’es laissé descendre, c’est sur qu’ils te prendraient pour un fou. Dans ce monde on ne fait que monter, à croire que leur ultime désir est de faire grandir leur cerveau jusqu’à ce qu’il touche le soleil. Pourtant ici, il fait chaud, il fait noir, et la vie est GROUILLANTE. Tu sais à présent que la seule vraie pensée est la pensée des sous-sols, la pensée terreuse et organique de ceux qui se sont laissé choir. Tu sais maintenant que pour t’accomplir il ne faut pas monter.
Il faut toujours descendre.

lundi 22 octobre 2018

Délier défaire démon





Ils dansent en filigrane, tressés autour du monde sans tout à fait en faire partie, nous avons appris à taire leurs murmures, à voiler leur image. Nous avons très tôt compris la leçon, la sacro-sainte nuance entre réalité et soi-disant fiction. Dans notre Histoire pas de sorcières, pas de magie ni de démons, et s’il t’arrivs d’en voir ou d’en entendre, repousse surtout l’idée d’un geste de la main et planque ces fantaisies dans un coffre scellé, ou de la portée Norme tu seras rejeté. La machine Mère fait comme ces bêtes qui dévorent leur progéniture, mais de la bête nous n’avons ni les crocs  ni la poigne, ni les entrailles ni l’élégance. Peut-être seulement ce regard blanc naïf qu’ont parfois les renards dans les lumières d’un phare juste avant l’uppercut sur une route de campagne.

J’ai vu danser des anges en filigranes, comme quand on voit les choses sans les voir, c’est à dire sans les yeux de la tête avec les yeux du ventre. J’ai vu les masques empilés les uns sur les autres, combien de couches encore avant nos vrais visages ? Lorsque j’étais gamine j’avais l’insolence de parler avec eux, de parler à mon ventre, d’invoquer des sorcières et de rire avec mes démons. Des gamins comme ça il y en avait plusieurs, j’en ai croisé beaucoup mais bien sur on ne se parlait pas, on se parlait plus, on n’osait plus vraiment. On nous a toujours très bien expliqué comment nous taire. On me l’a expliqué mieux que l’Histoire de l’art, mieux que le nom des arbres, mieux que mes privilèges et mon droit de hurler on m’a enseigné comment ne pas dire, ne pas montrer, ne pas sentir. Et nous avons grandis ainsi enroulés dans des noeuds de « ne pas », des tissus de « jamais », étouffés par des cocons chauds de bienséance et de calme plat. 

Comme toute résultante du verbe Faire, les noeuds parmi d’autres choses se défont, et nous allons défaire. Nous avons tout ce temps entrainés nos phalanges, nos doigts sont devenus experts dans l’art de dénouer, et si ça prend du temps, sachez que malgré vous vous nous avez enseigné la patience. Nous avons la patience et nous avons les noeuds. 

Au coeur de ces noeuds, logés minuscules dans le tressage complexe, il y a ces fameuses sorcières que vous refusez tant de voir, il y a des êtres lumineux qui n’ont ni taille ni matière, il y a du temps compressé avec de l’espace, il y a nos âmes grandes ouvertes et nos dédoublements, le foisonnement de nos identités, le sain et le malsain enroulés l’un sur l’autre, il y a des esprits millénaires et cette divinité chronique que vous appelez le hasard, il y a nos sexualités dérangeantes et nos pouvoirs magiques, oui j’ai bien dis magiques, au coeur de ces noeuds c’est le royaume du non-visible du non-touchable, la niche fourmillante de ce qui ne s’achète pas, de ce qui ne se vend pas, de ce qui est partout et tout le temps. Chaque mouvement de phalange, chaque pliure de nos gestes nous rapprochent lentement de leur libération. Nous n’avons plus grand chose depuis le temps des Noeuds, mais nous avons le temps et dans le ventre
Des yeux.

vendredi 11 mai 2018

Pour ne pas vivre mou.




Je cherche depuis peu à retrouver ma haine. Ce sourire enfantin qui dévore mon visage je m’en vais le gratter, le creuser, le gifler pour en voir l’envers ; il m’épuise de béatitude.
Durant de longues années j’ai pensé que ce sourire allait me faire vivre, je réalise aujourd’hui qu’il me fait vivre mou, vivre lisse, vivre sans révolte ni noirceur.  C’est donc un mensonge puisque vivre mou ça n’est sûrement pas vivre, mais surtout c’est d’un ennui mortel. Oui, mortel, le mot n’est pas trop fort. Je cherche donc à retrouver ma haine, celle qui va soulever mon âme, celle qui me plongera dans un désespoir constructif, cette grande haine tranchante qui dépose dans le ventre des crépitements vivaces et qui pousse au mouvement. Je ne devrais pas chercher très loin ni creuser bien profond : Elle est ici cette haine, elle fulmine en dessous des chaires, attend impatiemment qu’on lui donne la parole.
Je parle ici d’une haine avec un peu d’intelligence, de la haine fine, distinguée si l’on peut dire. Je veux parler de l’impulsion sauvage qui précède la création vibrante. La petite haine bornée et stupide, elle, court déjà trop les rues.
J’aimerai raturer ce sourire. A quel moment déjà est-ce qu’il s’est étendu sur mon visage ? Serait-il né par pure et simple politesse ? Pitié, pourvu qu’il y ait autre chose, pourvu que mon âme ne soit pas tombé si bas. J’irai, de toutes façons, la repêcher grâce à la haine.

Je me suis essayé à un exercice haineux cet après-midi. Je suis sortie dans la rue et j’ai entrepris d’haïr les passants autours de moi, c’était bien plus simple qu’il n’y parait. J’ai réalisé que cette sensation d’indignation m’avait peut-être déserté depuis l’adolescence, pourtant je retrouvais en elle une force incommensurable, une jeunesse et une insolence indicibles. J’y prenais gout en quelques secondes à peine. J’ai d’abord détesté la masse, grouillante et sans surprise. Puis j’ai détesté le mauvais assemblage de couleurs, de chaussures et de chemises. J’ai haï leurs efforts pour être à ce point normés, leur désir absurde de se ressembler sans se rassembler, c’est ainsi que j’ai mis le doigt sur le mot qui manquait, le mot qui donnerait du sens à ma haine en grande pompes : La norme.

J’en voulais à leurs cheveux d’être peignés, à leurs doigts de s’enlacer mollement, à leurs allure désertée d’urgence et de poésie. La façon qu’ils avaient de se toiser sans se sourire, emmitouflés dans leurs costumes, détachés de leurs entrailles et de leurs instincts à tout prix. L’incroyable se produisit alors : Plus je les haïssais, plus je retrouvais l’urgence d’écrire. 

Les mots se précipitaient, crépitaient, flambaient comme du bois sec au creux de mes entrailles. Les talons hauts bons marché en plastique noir me donnaient la nausée et J’étais subitement submergée d’adjectifs. Un groupe d’adolescentes portant le même blouson clinquant me faisait penser au port de l’uniforme militaire, tout dans leur attitude cherchait à plaire, à séduire, à se fondre dans un schéma auxquelles aucune d’elle ne croit réellement, un vrai petit groupe de soldats volontaires. J’ai la tête qui tourne de toute cette haine qui m’envahit alors que les mots galopent par troupeaux entiers d’un côté à l’autre de mon ventre. Je vascille legerement et mon regard se pose sur quelqu’un qui échappe à la norme, déjà de part sa position. Assis contre le mur, courbé dans un vieux survêtement sale et coloré, il y a ce type qui fait la manche distraitement tout en lisant un livre. Une autre chose merveilleuse se produit : Je fonds d’amour instantanément. Ainsi lorsqu’on s’exerce à la haine on produit parfois de l’amour, quelque chose en moi semble satisfait, une vieille croyance qui demandait confirmation. Et je me retrouvais en retrouvant ma haine. J’étais à genoux dans la rue commerciale et des bancs entiers de personnes detestables marchaient autours de moi, autours de lui, dans tous les sens. L’homme assis contre le mur était bien plus solide que moi, rien ne le perturbait : il lisait. Au cœur de la grande mascarade des uniformes et des priorités plastique, ce type avait trouvé l’insolence, le désespoir et l’intelligence de lire un livre. Il semblait calme. De mon côté tout prenait feu, il me semble que je pleurais d’extase sans réellement comprendre, les mots beuglaient entre mes tempes, je me suis relevé et je suis partie avec l’urgence d’écrire et l’urgence d’être ailleurs. Ma théorie de la haine se confirmait ainsi avec une nausée satisfaisante et je rentrais enfin chez moi coucher sur le papier mes hauts-le-cœur, enfin débarrassée de mon sourire d’enfant chassé par la fraîcheur d’un  sourire carnassier. 

mardi 3 avril 2018

De l’humilité du marteau




J’ai beaucoup d’admiration pour les outils, pour l’humilité des outils. J’aime le marteau qui enfonce les clous et qui s’en va sans révérence. J’aime l’aiguille à coudre qui remplie sa mission sans attendre d’éloges, elle est pourtant le seul outil capable de coudre, mais elle n’en tire aucune gloire, soyons réalistes : ce n’est qu’une aiguille.

J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui ont l’humilité des outils. Ces gens qui remplissent leur mission avec amour et sans fioritures. Ce qui me touche à la fin d’un concert c’est quand l’artiste se contente de jouer la derniere note et de partir discrètement, un outil au service de la musique. Je n’aime pas lorsqu’on croit qu’on aime l’artiste, alors qu’on aime la musique, et que c’est bien plus grand, bien plus sain. J’aimerai qu’on travaille ensemble à n’être que des clous et des marteaux, et je voudrais que le clou ne se sente jamais en admiration pour le marteau. La seule admiration qui doit être est celle pour la construction finale, qui ne peut pas être une personne.

À la fin d’un concert, sachez que vous n’êtes pas obligez de remercier l’artiste. S’il aime sincèrement ce qu’il fait, il ne comprendra pas ces remerciements. Et ces éloges, parties d’une bonne volonté, participent à la création d’un mensonge, qui dans les siècles à venir pourrait se transformer en pourrissement de l’âme.  Et nous ne voulons pas pourrir.

Arrêtons les métaphores. Aujourd’hui une jeune fille est venu se faire tatouer, elle avait pris l’avion de Montpellier et ne semblait pas voir comme j’étais honorée. Elle avait l’air de penser que son tatouage était ‘une de mes oeuvres’, et elle semblait me donner un pouvoir que pour être honnête je n’ai pas. Elle semblait timidement et joliment penser que c’est moi qui faisait son tatouage, seule, et que je méritais pour ça un respect tout particulier. Je pourrais nourrir ce mensonge et mon ego par la même occasion, mais je sens que ma responsabilité est ailleurs :

Ce que vous admirez, c’est le tatouage. Cet acte irrémédiable et ancestral, cette magie de sorcière, ce rite de passage, cette action que vous faites pour être plus libres. C’est ça qui est admirable, mais le tatouage n’est plus admiré, le tatoueur lui a pris la vedette. Et c’est compréhensible de choisir comme référent un humain plutôt qu’une force, c’est plus simple. Mais ça n’est pas juste. Et surtout ça ne construit rien de bon. Nous ne sommes que les marteaux, et la chose incroyable à admirer n’est pas notre simple manche en bois d’outil ordinaire, ce qui est incroyable : c’est la frappe.

Elle avait l’air de penser que j’avais fais son tatouage toute seule, et si je la laisse penser ça j’efface tout son travail à elle : là prise de décision, le passage à l’acte, l’intention précise qu’elle a pris la peine de formuler. Elle oublie que c’est son tatouage, son bras, son corps, sa décision éternelle. Moi je n’ai fais que le marteau. Et je sais que certains veulent dire que c’est beaucoup, en effet c’est beaucoup : mais sans vous ça n’existe pas.


Je serais heureuse qu’un jour, bientôt, on vienne me trouver parce que je peux rendre un service. Parce que ça n’est rien de plus qu’un service. Ça pourrait l’être, dans le monde de l’art absolu, mais ici nous faisons du tatouage. Et c’est très fort le tatouage, c’est très beau, c’est vieux comme le monde. J’aimerai qu’on vienne me trouver parce que je remplis une fonction, et qu’on oublie le nom , la popularité, le personnage. On peut travailler ensemble pour faire une chose belle, nous voulons juste faire des choses belles.

mardi 6 mars 2018

Apoplexie



Apoplexie - Aquarelle sur papier Arches - A3 

À vendre 
Informations par mail : captaineplum@gmail.com 

Underwater



" Certaines sirènes sont perturbées "

Projet tatouage sur commande pour Anne-Valérie


Métamorphose


Roxane - a Purle Sun 

Le mouvement d’une métamorphose , la narration d’une femme changée en renard.